dimanche 22 mars 2015

ANGLE DE RUES



ANGLE DE RUES




ANGLE DE RUES


‒  Qu'attendez-vous ?
‒  Et bien...
‒  Il y a un problème ?
‒  Je ne sais pas...
‒  Vous ne savez pas quoi ?
‒  Comment savoir ?
‒  Savoir quoi ?
‒  Laquelle choisir ?
‒  Je ne comprends pas.
‒  La rue. Comment savoir laquelle choisir ?
‒  Vous prenez celle que vous voulez.
‒  Oui. Mais comment savoir s'il vaut mieux prendre celle-ci ou celle-là ?
‒  C’est simple, vous prenez celle que vous préférez.
‒  Alors, d'accord.
‒  A tout à l'heure. Nous nous retrouvons où vous savez.
‒  Je ne sais pas pourquoi, mais vous me faites penser à quelqu'un... A bientôt.


‒  Et bien ? Encore un problème ?
‒  Je me demandais... comment savoir quelle est la rue que l'on préfère ?
‒  C'est simple. Celle qui vous plaît le plus. Où vous avez le plus de plaisir à marcher.
‒  Et comment savoir dans laquelle on a le plus de plaisir à marcher ?
‒  Il suffit d'avancer. Quand vous avancez, vous marchez, et quand vous marchez vous sentez si c'est agréable ou pas.
‒  D'accord. Mais…
‒  Mais ?...
‒  Pour avancer il faut choisir ?
‒  Tout à fait.
‒  Entre la rue de droite et la rue de gauche ?
‒  C'est aussi simple que cela.
‒  Je crois que le problème est là. Si je choisis cette rue, je ne choisis pas l'autre... et vice-versa.
‒  Et vice-versa.
‒  Supposons... simple supposition... supposons que je choisisse la rue de droite... c'est un exemple. Ou bien... supposons que je prenne celle de gauche. C'est toujours un exemple, d'accord ? Ou bien... pour faire plus simple.... supposons que je choisisse l'une de ces deux rues... ce n'est qu'un exemple, nous sommes bien d'accord ?
‒  Tout à fait.
‒  Et bien, supposons que je marche dans une de ces rues, celle de droite ou celle de gauche... simple supposition...
‒  Absolument.
‒  Une question se pose.
‒  Oui ?
‒  Où est passée l'autre rue ?
‒  L'autre rue ?
‒  Vous voyez bien ! Vous l'ignorez vous-même !
‒  Mais voyons, l'autre rue est toujours là, masquée par le pâté d'immeubles, mais toujours là.
‒  Masquée ? Qui vous dit qu'elle n'est pas rayée de la carte, avec ses maisons, ses habitants, ses animaux, son square ? Vous n'avez jamais entendu parler de disparitions mystérieuses ?
‒  Si les rues disparaissaient comme vous le dites, cela se saurait !
‒  Il n'y a qu'un moyen pour le vérifier !
‒  Ah ! Vous voyez ! Je commençais à m'inquiéter.
‒  Il suffit de marcher dans les deux rues à la fois.
‒  Très bonne idée. Laquelle choisissez-vous ? Je prendrai l'autre.
‒  Je vous en prie. Faites votre choix d'abord.
‒  Cela m'est égal. Laquelle préférez-vous ?
‒  Je me demande si vous ne me rappelez pas mon père ?...
‒  Votre père ?... Vous le voyez toujours ?
‒  Lui aussi me demandait ma préférence.
‒  A propos des rues ?
‒  Il n'a pas dû prendre la bonne. Plus aucune nouvelle. Disparu !...
‒  En tout cas, moi, je me décide. Je prends celle de droite. Vous prenez celle de gauche ?
‒  Vous êtes sûr ?
‒  Absolument !
‒  Supposons que je prenne celle de gauche, puisque vous me l'imposez. Comment saurai-je que la rue de droite existe encore ?
‒  Mais, parce que j'y serai !
‒  Vous, peut-être, mais pas moi !
‒  Et bien, dans ce cas, prenez celle de droite, si vous aimez mieux.
‒  Tout à fait comme mon père... Sauf que lui, me demandait plutôt qui j'aimais le mieux. Vous saisissez ?
‒  Pas vraiment.
‒  Lui ou ma mère...
‒  Ah ?... Quel rapport avec les rues ?
‒  Je l’ignore. Pour les rues je ne vois qu'un seul moyen ! Puis-je compter sur vous ?
‒  Je suis votre homme !
‒  Il nous faut marcher ensemble et en même temps dans les deux rues à la fois !
‒  Vous êtes sérieux ?
‒  Tout à fait !
‒  Vous avez un plan ?
‒  Je réfléchis...
‒  Je réfléchis aussi.
‒  D'autant que d'ici, nous avons les deux rues dans notre champ de vision.
‒  Absolument !  
‒  Que proposez-vous ?

‒  C'est vous qui avez téléphoné ?
‒  Oui, monsieur l'agent.
‒  Que se passe-t-il ?
‒  C'est cet homme. Il s'est arrêté à l'angle de ces deux rues. Cela fait un bon moment maintenant. Il ne bouge plus. Il parle tout seul et ne répond pas quand on s'adresse à lui...

Jacques KOSKAS

1 commentaire:

Anonyme a dit…


Magnifique, magistral, poétique et ... kabbaliste texte ... sur la double contrainte ! Merci