18 Rue du
Parc
Jacques Koskas
Il est des jours éditions (2O14)
Jacques Koskas
Il est des jours éditions (2O14)
Par Annie Forest-Abou Mansour dans L'ECRITOIRE DES MUSES, magazine littéraire en ligne
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Dans
le lieu clos que constitue le vieil immeuble, symbole de la Vie,
cohabitent Mme Moineau, « élue
meilleure pâtissière de la
ville », devenue célèbre dans la région grâce à ses succulents choux à
la crème, Alice Léchiquier, femme âgée, que sa mémoire replonge dans la
jeunesse, (« Elle se vit comme une
jeune femme d’à peine plus de vingt ans. (…) La maladie la ramène en arrière dans une cure de rajeunissement
inédite »), Paul Verbure, un homme déprimé au visage grave, Margot,
une mère divorcée, qui croit, pendant plusieurs jours que ses deux fils ont été
enlevés par leur père, un médecin doté de recul face aux
événements, capable d’analyser les comportements des uns et des autres,
un étrange policier, le nez toujours chaussé de lunettes noires…
Tous
ces êtres brossés à traits précis, dotés d’une personnalité de plus en
plus dense au fil des pages, sont confrontés à la souffrance physique ou
psychique, aux différents visages de la perte, mort ou séparation d’un
être aimé, à la maltraitance… Les symptômes du déchirement sont donnés à
voir avec précision : « Eléonore
s’en approche, les mains moites, la gorge serrée à la limite de l’étouffement.
Douleur aigüe, incisive ». Ses ravages sur le corps explicités :
« Eléonore, son épouse, le visage
hagard, les cheveux épars sur son front, le corps vieilli dans ses vêtements
froissés (…) ». Les douleurs et leurs conséquences mentales ou
corporelles sont dites, montrées.
Certains êtres vont arriver à mettre plus ou moins à distance leur
douleur en prenant différents chemins : l’amnésie, le
refoulement, véritable « bombe
à retardement », la somatisation pour le policier et la jeune
infirmière, les larmes, la
dépression, les regrets sans fin, inutiles (« Si elle avait su, ils ne seraient pas sortis ce soir là »), le
retour dans le passé, la régression : « L’enfance reste un pays toujours prêt à nous recevoir. Y retourner,
sans en avoir conscience, n’est-ce pas une façon astucieuse de faire la nique à
la mort ? ». D’autres arrivent à sortir des épreuves, à surmonter
le choc psychique subi, à tisser un processus de résilience à la faveur, par
exemple, de la création artistique comme la peinture ou l’écriture.
D’autres encore malheureusement sombrent, cessant de lutter,
choisissant le suicide, la fuite, l’alcoolisme, (« Vautré dans son fauteuil, il passait de
longs moments à contempler le visage de la disparue, mêlant ses pleurs aux six
bouteilles du pack de bière posées à ses pieds qu’il tétait une à une,
jusqu’à la dernière goutte »), la violence comme Emile Leboeuf,
instituteur distingué au double visage, maltraitant son enfant qu’il rend
responsable de la mort de son épouse.
Jacques
Koskas, psychomotricien, psychanalyste, part de son expérience
professionnelle pour aboutir à l’écriture. Il donne un visage à des
consciences et des coeurs blessés dont il sonde les replis avec talent et
poésie (« Les yeux de l’enfant,
démesurés dans son visage étroit, ressemblent à ces galets sombres, polis par
les vagues, qui perdent leur éclat quand la mer se retire »), émotion
et parfois humour (« Inutile
d’effaroucher sa vieille amante, la possessive Dame Arthrose, en embuscade
derrière ses articulations »). Utilisant avec simplicité les outils de
la psychanalyse, il permet à tout un chacun de comprendre les
différentes réactions de l’être humain confronté à la souffrance, à
l’intolérable et absurde finitude de la vie. 18 Rue du Parc est l’ouvrage émouvant d’un spécialiste du cœur
humain qui lance implicitement un message de paix lorsque Léila passe « son bras sous celui de Simon » dont
les parents sont partis en fumée pendant la Shoah. Pourquoi en effet
l’existence de la haine lorsque l’homme souffre déjà autant ?
« Vanité des vanités, tout est vanité » dit
l’Ecclésiaste
http://lecritoiredesmuses.hautetfort.com/archive/2014/10/29/18-rue-du-parc.html